Le graphiste et la communication se sont rencontrés il y a 6000ans |
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L'évolution des écritures : des graphismes rupestres à l'alphabet latin
Graphiste des origines
Hubert Reeves, interviewé sur les peintures préhistoriques, explique "les
graphismes rupestres ne cherchent pas uniquement à être beaux,
ils sont une communication vers l'au-delà, à travers le chaman".
Les graphistes préhistoriques dessinaient des messages en images pour
leur communication avec les dieux.
Pourtant, le terme de graphiste a aujourd'hui du mal à trouver sa
place : absent du dictionnaire, il offre des définitions floues "spécialiste
en techniques et arts graphiques" ou "personne s'occupant de graphisme".
A aucun moment on ne parle de formation de graphiste ou de message de communication
que le graphiste doit faire passer. Le public n'est pas le même que
celui des graphistes préhistoriques, mais les graphistes d'aujourd'hui
ou info graphistes font tous passer un message de communication en image.
Graphiste, un métier millénaire
Les milliers de tablettes cunéiformes mises au jour en Mésopotamie
traitent de transactions financières ou procès-verbaux judiciaires.
C'est le développement des communications et du commerce qui ont inventé l'écriture à la
fin du IVe millénaire av. JC et les graphistes mésopotamiens
s'appelaient scribes. L'écriture de 300 graphismes, "traits", "coins" ou "clous" représentait
graphismes ou sons, suivant le sens de communication que lui avait donné le
graphiste.
Les hiéroglyphes sont les ancêtres
de la communication par l'image. Ils n'étaient pas la langue quotidienne,
mais le langage de communication avec les dieux. Écriture riche de
750 signes, les hiéroglyphes voulaient décrire "toutes
les classes d'êtres que renferme la création" (Champollion).
Oeuvres de graphistes, sculpteurs ou peintres suivant le support sur lequel
ils étaient écrits, les graphismes égyptiens devinrent
un message de communication monumental avec la grande pyramide Khéops.
Vers 2500 avant JC apparut l'écriture syllabique de l'Indus. La communication
orale étant prépondérante, l'écriture devint
naturellement sa transcription fidèle. Son graphisme représente
des sons et la langue première est composée de 400 signes. Épurée à 39
signes, vers 250 avant JC, elle est l'origine des écritures indiennes
contemporaines.
Vers 1400 av JC, les graphistes chinois gravèrent des textes divinatoires
sur os ou plastron de tortue. Indépendants du son et invariables,
les idéogrammes chinois symbolisent la communication sacrée
avec le ciel et la terre. Révélés par l'ostéomancie,
divination par application de tisons sur de l'écaille de tortue, les
devins-scribes notaient la communication divine sur bois ou pièces
de soie. Le même caractère "shi" symbolisant l'encrier,
désigne le scribe et l'analyste, ancêtres des graphistes.
Puis survint au IVe siècle avant JC le mystère des graphismes
mayas : mélangeant pictogrammes et représentations de sons,
avec parfois plusieurs graphismes pour le même mot, les graphistes
mayas poussèrent l'art de l'énigmatique au sommet. Ils n'inventèrent
pas d'alphabet et consignèrent par des graphismes à la signification
voilée, leur communication vers les dieux distinctement de la communication
avec le monde d'en bas. Plus de 1000 graphismes dont 80 signes syllabiques,
indéchiffrés à ce jour, offrent un terrain d'inspiration
extraordinaire pour un graphiste.
Au XIIIe siècle, les graphismes aztèques apparurent dans la
vallée de Mexico. Les aztèques ont laissé une écriture
où les graphistes orientent la lecture par des pointillés,
disposés avec liberté dans l'espace et font autant passer chaque
signe de communication que le contenu global du message. L'écriture
aztèque et ses graphistes disparurent au XVe siècle, lors de
la conquête espagnole.
Nés au XIXe siècles, les écritures africaines sont
construites avec des alphabets de 100 à 200 lettres. Chaque caractère
a été complètement inventé à partir des
graphismes, idéogrammes et pictogrammes traditionnels. Les graphistes
africains considèrent que la lettre est un motif. En Afrique, l'écriture
est initiée et ses graphismes portent un caractère initiatique.
Cette culture du secret initiatique a rendu difficile l'accès et la
communication des écritures africaines.
L'alphabet, l'outil du graphiste
Pressenti depuis le IIe millénaire, l'alphabet phénicien naît
au XIe siècle avant JC. Ancêtre des alphabets sémitiques
et indo-européens, composé uniquement de consonnes et affranchi
de l'image, il associe chaque graphisme à un son. Désormais
abstrait, il est une révolution dans l'histoire de l'écriture
pour la communication d'un message. Doté d'une trentaine de graphismes,
il devient un moyen de communication universel car son apprentissage est à la
portée de tous.
Graphismes sacrés par excellence, l'écriture originelle hébraïque,
née au Xe siècle avant JC, a évolué pour devenir
l'hébreu moderne. Composé uniquement de 22 consonnes, les voyelles
sont la part invisible de l'écriture et son accomplissement.
Apparus au Maghreb vers le IIe siècle avant JC, les graphismes lybiques
et berbères s'étendent des Canaries à l'Egypte. L'écriture
digitale sur le sable est le moyen idéal de communication collective
de l'écriture car le graphiste peut tracer les graphismes en une seule
fois avec plusieurs doigts. De nombreux graphismes rupestres attestent de
l'existence des écritures lybiques et berbères, indéchiffrées,
qui ont disparu au Ve siècle.
Le Coran fut révélé en arabe à Muhammad par
l'Archange Gabriel et l'alphabet arabe a rendu visible le message divin.
Depuis lors, les graphistes arabes n'ont cessé leur quête d'harmonie
céleste. La communication de la parole divine par la calligraphie
ont élevé les graphismes de l'écriture arabe à une
communication d'une grande subtilité esthétique. Art à part
entière, la calligraphie arabe continue d'inspirer graphistes et designers.
Initiés plusieurs siècles avant JC, les alphabets grecs puis
latins inventèrent la voyelle. Ces graphismes simples, ne laissant
plus place à la supposition, ont permis une vulgarisation élargie
de la lecture : quelqu'un ne comprenant pas la langue pouvait lire le texte.
Les graphistes copistes écrivirent d'abord les mots sans espace, puis
il les séparèrent et ajoutèrent l'accentuation pour
une meilleure communication du message écrit. L'alphabet latin allait
se répandre pour servir à la transcription écrite et
la communication d'une grande partie des langues du monde.
L'alphabet latin, les différentes
typos et le message de communication
L'alphabet latin a évolué et réinventé le graphisme
de ses lettres : des manuaires tracées à la plume au Moyen
ge aux linéales dessinées au XXe siècle en passant par
les réales du siècle des lumières, la typographie de
l'alphabet latin s'est enrichie de multiples formes.
Lors de la création d'un projet de communication, le graphiste doit
choisir la typo qui renforcera le message de communication sans le disperser,
car les lettres ont une histoire et une personnalité.
juillet 2005
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