11 mar. 2010
Les vraies ruptures de l'Internet par Serge Soudoplatoff
Par Isabelle Brigout le jeudi, mars 11 2010, 21:45 - En direct d'Internet - Lien permanent
Extraits de la conférence : Quand on partage un bien matériel, il se divise; Quand on partage un bien immatériel, il se multiplie ; le ton de la conférence est donné et le rythme ne se ralentira pas : ce n'est pas la première fois dans l'histoire de l'humanité qu'une technologie engendre des ruptures et la plus belle analogie est l'invention de l'alphabet.
En -2000 avant JC, on a décidé de remplacer le dessin d'un arbre par une "horrible" abstraction, soit un assemblage de lettres. Imaginez la résistance au changement : "C'est trop compliqué, je n'y comprends rien, c'est inutile". Socrate affirmait à l'époque : "l'écrit ne véhicule pas la connaissance mais l'illusion de la connaissance".
Les égyptiens ont refusé l'alphabet arguant que leur système de hiéroglyphes était suffisamment sophistiqué. Ils s'y sont mis, mais très tard, vers -700 avant.JC, beaucoup trop tard. A l'inverse, les grecs se saisissent de l'alphabet, inventent la voyelle, et éditent la Loi de Carondas où les enfants doivent aller à l'école pour apprendre à lire et à écrire et ce sera la cité qui paiera les maîtres; Résultat, la civilisation égyptienne a disparu et la Grèce a pris son essor : essor de la science, essor de la philosophie, essor de la médecine...
Explosion des connaissances et fondation de la très grande bibliothèque d'Alexandrie et le grec devient la langue commune de tout le pourtour méditerranéen. La question qui se pose à nous, face à la question d'Internet est la même que celle qui s'est posé aux égyptiens et aux grecs.
Comment s'est construit Internet ? par percolation ; des inventions ont été trouvées ici et là, puis les personnes se rencontrent et remarquent qu'ils travaillent sur les mêmes sujets, ils font alors des agrégats de leurs inventions ; puis la centralisation pour véhiculer les données est abandonnée car un réseau maillé est plus résistant à une attaque. Les inventeurs de l'Internet constitue un ensemble flou de gens intéressés à faire progresser le sujet : "Nous croyons au consensus et aux bouts de code qui marchent". Internet, ce sont des passionnés en réseau.
En 1991-1992 Al Gore sort un livre blanc dans lequel il précise vouloir interconnecter les écoles, les hôpitaux, et lève une contrainte qui réservait le réseau aux chercheurs, Internet devient grand public. Parallèlement à Genève, Tim Berners-Lee invente le web. 4 ordinateurs furent connectés en 1969, 1 million en 1991 et 800 millions aujourd'hui, soit 1,7 milliards d'individus entre eux : des passionnés qui travaillent en réseau ont réussi, sans structure hiérarchique, à interconnecter 25% de la population mondiale en moins de 20ans.
Internet n'a rien inventé, il a permis à des formes sociales préexistantes de se développer : la valeur est dans le réseau et les relations horizontales, et cela s'illustre dans le forum de discussion. Il illustre les 3 niveaux de connaissance, premier niveau, la connaissance individuelle, quelqu'un sait, 2e niveau la connaissance collective, tout le monde sait et 3e niveau la connaissance globale, tout le monde sait que les autres savent. Internet favorise les relations horizontales.
Au niveau économique, Internet favorise des formes économiques totalement nouvelles, l'économie de l'immatériel : quand on partage un bien matériel il se divise, quand on partage un bien immatériel, il se multiplie. L'économie immatérielle est la rémunération d'une expertise et non d'un bien matériel. C'est la valeur d'usage qui fait le prix. Il y a une entreprise américaine qui donne son coeur de métier et qui ne se rémunère que sur les produits annexes et cette entreprise fait 21 milliards de CA par an. Si demain, Google fait payer son coeur de métier, Google disparaît. On est entré dans l'ère du co-design, les consommateurs veulent participer à la conception, d'où la naissance des Creative Commons.
Un modèle où les clients sont en réseau et les frontières des entreprises sont poreuses va mettre à mal les structures verticales. Internet est une technologie qui permet à des anciennes formes relationnelles de se déployer. Internet nous permet de redécouvrir la place du village, la communauté, la tribu et offre la technologie pour que tout le monde dialogue. Tout modèle centralisé et hiérarchique est un modèle qui a du mal. "L'alphabet, c'est la société paysanne, le livre et l'imprimerie c'est la société industrielle, nous rentrons actuellement dans la société de l'interaction. Notre challenge aujoud'hui est comment gérer cette extraordinaire profusion d'interactions. Nous le pouvons aujourd'hui grâce à Internet.
Visionner la conférence de Serge Soudoplatoff



